Au revoir Maman

Maman détendu

Tout aurait changé si, à ce moment-là, elle n’avait pas demandé qu’on arrange sa coiffure.

J’aurai eu le temps d’être là présent lors de ce moment indicible qu’est le départ vers l’inconnu.
J’aurai été là pour lui prendre la main et pour lui dire au revoir maman.
Elle avait 97 ans, en fait nous ne savions pas au juste si elle était né le 21 mars 1923 ou le 23 mars 1921, qu’importe elle aurait pu avoir 23 ans tellement elle aimait la vie.  Elle nous a quitté le 22 mars 2018 et fut enterrée à Natania le 25 mars à minuit.

« Dure la fin de la vie pour ceux qui reste. » C’était il y a 3 ans

J’ai écrit plusieurs textes à pré-texte sans liens apparents si ce n’est de chercher à donner un sens incertain au non-connu de l’après ce monde.
Juste à dire, qu’aujourd’hui je n’écris pas sur la question du sens, je parle du non-sens d’un vécu… confronté à la réalité de l’absence… En ce qui concerne mes leçons, je les ai laissées en sommeil durant l’année d’accompagnement de son âme.

Je suis face à face avec cette impalpable coté du monde qu’on nomme le monde de la vérité. Mes leçons de philo-sophia, logo-sophia, étaient rangés dans mes tiroirs de l’utopie. Aujourd’hui j’ose ouvrir à nouveau ces cahiers pour une autres visions. Il ne s’agit plus d’idée, mais de vécu. Je suis face aux leçons de vie face au vide que laisse l’absence. … Mais quelle funeste leçon de vie qu’est celui de ce qu’on nomme la mort.
Est-ce le départ de ma mère qui me fait toucher de cœur ce jardin des âmes dont j’ai tant parler avec ma tête ?

Je tombe sur un de mes anciens commentaires de mon blog « apprendre à mourir ». Terme tabou !  Dans ce texte sur le sens de la vie, la question été qu’est-ce que je peux encore donner à la vie en fin de vie. Nous avons appris dans nos leçons que c’est « Ce que je peux donner à la vie et non ce que je peux prendre ». Mais que donner lorsque nous sommes en fin de vie ?
C’est l’expérience d’une mère qui dit à ces derniers instants les plus précieux, « je viens de décider que j’avais encore quelque chose à offrir… je veux montrer comment se comporter face à la mort, je veux être un modèle pour mes enfants ».

Et puis Ester que j’ai accompagné de nombreuse année à vivre avec cette mal-à-dire qu’on nomme la maladie, et qui me dit quelques jours avant son départ « ça y est je suis guérie » ! Guéri de quoi puisqu’elle savait qu’il ne lui rester que quelques jours à vivre ?
Et puis Hanna, elle aussi a demandé qu’on la coiffe avant son départ…

Je n’ai pas été présent au moment où ma mère a demandé qu’on la coiffe…
Juste à dire quelques conversations que j’ai eu avec elle bien avant qu’elle ait changé de coiffure.
« Ils sont venu me prendre… je leur ai dit que je n’étais pas prête…
Une autre fois « j’ai crié pour qu’il me laisse tranquille… allez-vous-en, je ne suis pas prête »
Et puis plus tard encore, « N’oublie pas de mettre ma chanson « Israël je t’aime » à mon enterrement… ».

« Quand je serai là-haut, je vais demander qu’on t’ouvre les portes de la parnassa » (indépendance financière).
Elle nous avait aussi dessiné sa tombe en pensant à un petit banc pour qu’on puisse s’assoir à nos visites. Elle aurait aimé que nous puissions construire une pergola pour que nous n’ayons pas trop chaud.
Vous comprenez ? Nous devions prendre le temps de converser avec elle, lors de nos visites dans la maison des vivants ! Oui c’est ainsi que nous nommons les cimetières en Israël « Bait Hahaïm », la maison des vivants.

Vous comprenez, qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que la mort ? D’où la question que vous retrouverez dans ce partage : « Comment être vivant de notre vivant »
J’ai également entendu cette conversation avec mon frère… « Alex tu dois partir en Israël, il faut que tu me prépares ma tombe, regarde avec Josiane qu’elle n’oublie pas les papiers de propriété de l’emplacement à côté de papa. Quand tu seras au cimetière regarde bien s’ils ont fait le trou ». (Comme si elle savait qu’il y aurait des problèmes administratifs. Mais là n’est pas la question !)
Mais j’y été, moi, en Israël, pourquoi Alex ? Pourquoi pas moi qui était sur place ?  Non, en ce qui me concernait, c’était « Léo il faut rentrer c’est bientôt fini ». Bientôt c’est quoi ? C’est quand ? Déjà il y a 6 mois c’était bientôt, mais tu n’étais pas prête !
Nous étions jeudi, 22 mars 2018, j’ai un billet pour dimanche… je serai là maman.
Et puis, voilà que quelques heures après, elle demande à ma sœur Babette. « Fais-moi le chignon, je vais bientôt partir, et je veux être belle pour papa quand je monte là-haut »

Je la vois me dire via waatsaap… Oui mes frères ont voulu que je sois présent « Léo c’est bientôt fini, je vais partir »
Encore un dernier regard, un sourire, elle a le visage serein…
« Bon c’est bon… tenez-moi juste les mains… », a-elle dit quelques secondes avant son dernier souffle… Vous comprenez ? …
Donner du sens jusqu’à son dernier souffle… Se faire belle avant de partir « Babette, arrange-moi le chignon », vous comprenez ?
Elle ferme les yeux. J’entends mon frère Yvon… crier Maman ne serait-ce que pour la faire revenir un instant !!! Mes deux frères David et Yvon lui prennent la main pour l’accompagner.

J’aurais pu être là si, à ce moment-là, elle n’avait pas demandé qu’on arrange sa coiffure.

J’aurai pu lui tenir la main une dernière fois, et lui dire au revoir maman. J’étais à 4000 km, j’ai entendu son dernier souffle, j’en ai perdu le mien… Vous comprenez ? Pendant que mon frère Alex s’occupait des affaires administratives, moi je suis resté avec elle dans les couloirs de l’attente.
Dans notre tradition, durant cette attente de l’entre-deux l’endeuillé, n’est pas encore considéré comme endeuillé. Il a un statut spécial qu’on nomme « Onen ». Il est dispensé de toute prescription religieuse. Il est hors-jeu, mis en attente. J’étais bien hors « je », un rien mais cette fois il ne s’agissait par d’un jeu de mot entre « Ani » (Je) et « Ain » (Rien), il n’y avait même pas de « je » pour me dire que je n’étais rien, même pas un endeuillé ! Vous comprenez, rien à faire sinon attendre qu’elle arrive durant 4 jours ! j’ai eu froid, très froid !

4 jours après avoir partagé le froid du centenaire de l’attente, elle arrive !

Trop tard nous disait-on pour l’enterrement, le cimetière est fermé… !

Trop tard de quoi ? De quand ? C’est quoi trop tard après avoir été retardé 4 jours pour des questions administrative. C’est déjà très tard pour moi, j’appelle un ami kabbaliste pour changer le réglage des heures, il a eu les mots pour changer le temps, et faire allumer les lumières du cimetière.

Dimanche 25 mars à minuit, La nuit de son enterrement, nous avons pu passer sa chanson, nous avons pu chanter avec sa chanson Israël je t’aime.
Imaginez ! Le cimetière ouvert et éclairer juste pour elle et sa chanson !
Vous pouvez l’entendre si vous voulez car elle aurait aimé qu’on la fasse connaître. Vidéo non répertoriée :  https://www.youtube.com/watch?v=iSv5B92i8uA

Aujourd’hui je vie encore avec ces grains de sable que j’ai ramassés au pieds de sa tombe et qui attendent leur mutation en perle de sens.
Personne n’a compris la douleur démesurée d’un enfant de 72 ans qui pleure sa jeune mère de 97 ans. Personne ne comprend que le temps que dure un deuil n’est pas en relation avec l’âge du défunt.
Quand j’annonce à un ami que ma mère est partie je l’entends dire « C’est la vie ! … »
Vous comprenez ? Je lui parle de la mort de ma mère et il me répond : « C’est la vie »… Alors si la mort c’est la vie, qu’est que la vie avant la mort ?

Elle avait 97 ans me dit-on pour me consoler. Me dit-on… consoler…97 ans … Oui… Mais…  Il n’y a pas d’âge pour pleurer l’absence… Et s’il n’y avait que l’absence ! Serait-ce moins dure ? Mais il y avait la présence autrement que la présence connue, vous comprenez ? A 4000 km l’un de l’autre j’ai été connecté, et j’ai disjoncté. Comment expliquer le vécu de la vision de l’entre deux ? Comment expliquer que j’ai moi aussi tenu sa main là où elle était dans le froid des frigos de l’attente.  Comment expliqué la présence que j’ai durant une année avec le kadich[1] des endeuillé que nous récitons 5 à 8 fois par jour. Comment expliqué que je lui ai encore tenu la main le jour d’anniversaire de l’année de son départ pour lui dire une dernière fois au-revoir maman. Comment expliqué ce deuxième deuil un an après ?
Un an après j’ai pu lui dire, au revoir maman ! Le bonjour à papa … Je n’avais pas le choix… C’est fini Léo, maintenant il faut que je monte…

C’est dur la fin de vie, pour ceux qui restent.

[1] Le kadich des endeuillé est en fait une louange à D.ieu.

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Je ne suis plus invitable

Je ne suis plus invitable 
Chabbat dernier j’ai été invité par l’ami (Harry) d’un ami (Ichaï) tous deux hassid Habad.
La conversation, a été très chaleureuse et profonde sur la question de la quête de la vérité.
Harry me demande alors « Est-ce que tu as trouvé » ?
Ma réponse nette et courte :
Non ! 
Voici la suite de notre conversation.
– Comment ça… Non et la Torah ?
– La Torah est le chemin pas le but
– Tu crois quand même que la Torah est le bon chemin, que « Akadoch Barou-Hou » nous a choisie parmi les peuples pour nous donner la Torah et la terre d’Israël … Tu crois que …  ect …
– Non !!!
– Non ???
– je ne fonctionne pas en mode de croyance. Lire la suite